Le lundi 13 Mars, le coresponsable du programme national de MiningWatch, Rodrigue Turgeon a présenté un mémoire de MiningWatch devant la commission de la Défense nationale de la Chambre des communes dans le cadre de leur étude sur les liens entre la défense nationale, la sécurité nationale et les minéraux essentiels. Dans son témoignage, Rodrigue soulève des préoccupations importantes concernant l'accès des puissances étrangères aux ressources minérales canadiennes, les risques environnementaux et sécuritaires associés à l'expansion de l'exploitation minière, l'importance de la sobriété minérale, et la nécessité de respecter les droits des peuples autochtones.
Voici son témoignage.
Étude du Comité permanent de la défense nationale sur les liens entre la défense nationale, la sécurité nationale et les minéraux critiques.
Rodrigue Turgeon, MiningWatch Canada
Bonjour. Merci de me recevoir. Je m’appelle Rodrigue Turgeon et je suis avocat et coresponsable du programme national pour MiningWatch Canada.
Fondé en 1999, MiningWatch Canada regroupe aujourd’hui vingt-cinq organismes membres qui représentent, collectivement, plusieurs centaines de milliers de personnes vivant partout au pays. Environnement, droits humains, droits des peuples autochtones, transparence et imputabilité des entreprises — voilà autant d’enjeux qui justifient depuis 27 ans les interventions de MiningWatch Canada à l’échelle des communautés s comme à celle des politiques publiques.
Alors que s’érodent les institutions internationales et que le Canada se trouve sur la ligne de front entre trois puissances géopolitiques – les États-Unis, la Chine et la Russie, plusieurs voix s’élèvent pour que le pays se dote d’un meilleur contrôle sur les ressources minérales de son territoire. Poussées à leur paroxysme, ces craintes évoquent la possibilité que des États étrangers usent des minéraux dits critiques du Canada à des fins économiques, industrielles ou militaires dans un dessein hostile envers la sécurité et la souveraineté du pays.
Les stratégies du gouvernement du Canada et des gouvernements provinciaux sur les minéraux dits critiques renvoient toutes à la question purement économique des « chaînes d’approvisionnement ». En effet, et contrairement à ce que l’industrie et les gouvernements cherchent à laisser croire au public depuis le début de la décennie, il n’est pas du tout obligatoire que ces substances minérales soient destinées à la « transition » énergétique.
Or, malgré les menaces « à la sécurité » évoquées depuis plusieurs années, nous ne relevons pratiquement rien dans les récents projets de loi déposés à travers le pays qui puisse accorder aux autorités fédérales et provinciales de meilleurs leviers sur l’accès et le contrôle des ressources minérales.
Pour le moment, nous observons que les gouvernements semblent craindre davantage de faire fuir les investisseurs étrangers ou de lever des barrières commerciales que de voir des États étrangers retourner contre eux les minéraux extraits du sous-sol canadien. Paradoxalement, nous observons même un très haut niveau de collaboration entre le gouvernement du Canada et celui des États-Unis, incluant le Département de la guerre, dans le développement conjoint de nombreux projets miniers au pays dits critiques ou d’importance nationale, et nous constatons un rapprochement diplomatique entre le gouvernement du Canada et la Chine.
Par souci de cohérence avec sa stratégie sur les minéraux dits critiques, le gouvernement du Canada devrait faire preuve de transparence et communiquer clairement au public sa position concernant sa tolérance ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada.
Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l’accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada. Et à tout le moins, ne pas accélérer la délivrance d’autorisations aux compagnies minières liées à des entités hostiles.
En aucun cas, les minéraux du pays ne doivent servir à la création ni à la prolifération d’armes utilisées en infraction au droit international, incluant dans des génocides, qu'elles soient employées par le pays ou par un État tiers.
Chose certaine, davantage de dommages à l’environnement et aux droits des peuples autochtones et aux populations locales sont attendus si le Canada pousse pour une augmentation de la production minière à des fins militaires, de sécurité nationale ou de défense nationale.
Partout sur la scène canadienne comme à l’international, le Canada et ses provinces affirment se distinguer par leur capacité à produire des minéraux non seulement « critiques », mais aussi « responsables ». Nous ne partageons pas cette vision. Les gouvernements devraient commencer par enchâsser dans les lois minières la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, reconnaître que la sauvegarde de l’eau pure et de l’air sain sont vitaux pour la sécurité nationale du Canada et concentrer leurs efforts dans l’atteinte d’une sobriété minérale, tous minéraux et domaines confondus, y compris dans le secteur de la défense nationale. Soit de réduire la surconsommation du Canada en minéraux.
Il y a un coût à précipiter les autorisations des projets miniers. Cela ouvre la porte aux mauvais projets miniers qui sont dangereux pour la sécurité des travailleur·euse·s, des peuples autochtones et des communautés locales et de l’environnement. Le gouvernement du Canada doit aussi fermer la porte à l’exploitation des fonds marins à des fins militaires ou autres. La stratégie de défense nationale en lien avec les minéraux dits critiques ne doit reposer d’aucune manière sur le recours à l’énergie nucléaire. Comme un vaste pan de la société civile, nous dénonçons le détournement des fonds et des efforts liés à la « transition » énergétique. L’urgence climatique est un danger réel et présent à la sécurité nationale, pas seulement une vague menace géopolitique. Nous ne pouvons pas négocier la paix avec la nature.
Ainsi voilà, merci à toutes et à tous pour votre écoute, et pour la considération que vous apportez à notre réflexion, à notre mémoire ainsi qu’à nos recommandations sur la question des liens entre les minéraux dits critiques, la défense nationale et la sécurité nationale.
Revue de presse:
- 9 Mars 2026. Radio-Canada, article web. MiningWatch Canada redoute l’impact environnemental de l’exploitation minière militaire.
- 9 Mars 2026. Le Devoir, article web. Renforcer la sécurité du Canada pourrait aussi passer par les déchets miniers.
- 9 Mars 2026. Sudbury Star, article web. Mine waste like those found in Sudbury could strengthen national security.
- 10 Mara 2026. Radio-Canada, Côte Nord, entrevue à la radio. Minéraux critiques et défense nationale : MiningWatch Canada appelé à se prononcer, avec Catherine Paquette.
- 11 Mars 2026. The Northern Miner, article web. Canada’s weakness lies beyond the mine gate, MPs hear.
Ressources: